Quand le Brésil était (presque) français

10 novembre 1555: La France tente la conquête du Brésil

 

 

Capture d’écran de la série Rouge Brésil.

 

Les faits:

Nicolas Durand de Villegagnon, vice-amiral de Bretagne et chevalier de l’ordre de Malte, commande la flottille de trois vaisseaux qui a pour tâche d’établir une colonie sur le territoire brésilien. Malgré les six-cents hommes qu’elle compte, cette expédition se révèle trop faible pour tenir durablement Fort Coligny, construit avec l’aide des Amérindiens Topinamboux et établir réellement Henriville face aux troupes portugaises. Les attaques de ces-dernières, faisant suite aux nombreuses défections subies (du fait de la malnutrition, du climat difficile, du manque de femmes, de la discipline rigoureuse et du puritanisme) auront raison de la « France Antarctique« .

 Vue du Fort Coligny.

Pourquoi c’est important:

Partie du Havre le 14 août, l’expédition met près de trois mois pour arriver à la baie de Guanabara, où se trouve aujourd’hui Rio de Janeiro. Cette opération visait à soustraire les richesses de cet immense territoire, notamment le bois de brésil, des mains des anciens alliés portugais. Pour ce faire, de Villegagnon avait procédé à des repérages quelques années auparavant et avait noué des alliances avec les Amérindiens locaux, leur promettant de les débarrasser des colons lusitaniens.

 

Une famille de Topinamboux, tribu de polygames anthropophages vivant dans la nudité intégrale. Un choc pour les Européens d’alors!

Cette tentative d’établissement colonial français au Brésil n’est pas anodine. Elle marque la volonté du roi de France d’alors, Henri II, de s’affranchir du traité de Tordesillas qui partageait le Nouveau Monde entre Espagnols et Portugais. C’est la déclaration de guerre à l’Empire de Charles Quint et le retournement d’alliances qui s’ensuivit qui rendit cette aventure possible.

Planisphère de Cantino, 1502, représentant la ligne de partage actée par le traité de Tordesillas.

Il faut également noter que les nations européennes étaient alors en proie aux Guerres de religions, et que le vice-amiral de Bretagne (qui connaissait personnellement Jean Calvin) avait pour charge de fonder une colonie dans laquelle les protestants pourraient pratiquer librement leur religion. La paix religieuse entre catholiques et protestants n’y eut pourtant pas plus de succès que sur le continent européen.

Ce qu’on peut en voir:

L’île de Villegagnon, sur laquelle fut construit Fort Coligny, et qui héberge maintenant l’académie navale brésilienne, se trouve bien évidemment toujours dans la baie de Rio de Janeiro.

 

Rouge-Brésil, une production télévisuelle basée sur le roman du prix Goncourt Jean Christophe Rufin.

Pour aller plus loin:

Rouge Brésil, de Jean Christophe Rufin.

Les singularitez de la France Antarctique, d’André Thévet (récit de voyage d’un membre de l’expédition de Villegagnon).

Explorateurs, de l’Antiquité à nos jours, A. Macleod, P. Parker et E. Rae.

Soliman devient magnifique

22 septembre 1520: Suleyman Ier devient sultan de l’Empire ottoman

 

 

Les faits:

À  la mort de son père Selim Ier, la désignation de Suleyman comme successeur ne pose aucun problème. Il est fils unique, et son père avait pris soin de massacrer tous ses oncles et cousins afin de faire place nette. Suleyman est alors à la tête d’un empire en pleine expansion suite aux victoires des armées ottomanes face aux Mamelouks d’Égypte et aux Séfévides de Perse.

 

Pourquoi c’est important:

Suleyman Ier, connu comme Le Magnifique en Occident du fait des richesses inouïes de son empire grandissant, est resté dans l’historiographie musulmane comme Al Qanuni (le législateur). C’est lui en effet qui établira le code légal ottoman (pénal, fiscal, foncier) qui sera appliqué durant des siècles.

La signature de Suleyman Ier, dit Soliman le Magnifique.

Promoteur du savoir et de la tolérance, il augmenta le nombre de Medersa (écoles coraniques) tout en protégeant les minorités chrétiennes et juives de l’empire. Le sultan fut aussi un généreux mécène, très sensible aux arts, s’adonnant lui-même à la poésie en turc et en persan.

Voici la traduction d’un poème destiné à l’amour de sa vie, Roxelane:

Trône de mon mihrab, ma richesse, mon amour, mon clair de lune.
Ma compagne intime, ma confidente, ma toute chose, mon seul et unique amour.
La plus belle parmi les admirables…
Mon printemps, source de toutes joies, source de lumière, mon étoile brillante, lumière de ma nuit…
Mon doux sucre, mon trésor, ma rose, la seule qui ne me désole pas dans ce monde…
Mon Constantinople, mon Caraman, le centre de mon Anatolie
Mon Badakhchan, mon Bagdad et mon Khorasan
Mon amour aux cheveux noirs et aux beaux sourcils, aux yeux langoureux et perfides…
Je chanterais toujours tes louanges
Moi, amoureux au cœur tourmenté, Muhibbi aux yeux pleins de larmes, je suis heureux.

Sur le plan géopolitique, son État change de catégorie: de puissance régionale au Proche-Orient, l’Empire ottoman devient un acteur incontournable sur les scènes du Moyen-Orient, de la Méditerranée et d’Europe centrale du fait de l’incroyable expansion initiée par Selim Ier et dignement poursuivie par Suleyman qui contraindra le grand Charles Quint à signer un traité humiliant et fera alliance avec François Ier, entre autres…

 

 

Ce qu’on peut en voir:

La ville d’Istanbul, connue également en Occident sous le nom de Sublime Porte, vous tend les bras, et particulièrement le Palais de Topkapi. Beauté de l’architecture et des jardins, lieu de la grande Histoire, de complots, des soubresauts de la vie de palais… Si vous ne connaissez pas encore ces lieux, allez-y, vous ne le regretterez pas!

 

Maquette du Palais de Topkapi.

 

 

Pour aller plus loin:

Un ouvrage présentant Istanbul au temps de Suleyman

Un documentaire (Secrets d’Histoire) en deux parties sur le « Magnifique-Législateur »