Lettre ouverte aux enseignants de la Toronto French School

En cette semaine de rentrée quasi universelle, j’ai une pensée pour vous, confrères qui enseignez à la Toronto French School. En effet, pour avoir partagé votre quotidien pendant près de deux ans, je vous souhaite bien du courage, particulièrement ceux de la maternelle et de l’élémentaire.

Du courage, car je sais d’expérience qu’à la Toronto French School, les enseignants passent en dernier. La direction, ou plutôt le management de cette « école » est si pléthorique qu’elle mériterait le nom d’armée mexicaine: directeur de ci, directeur de ça… Au final, personne ne sait qui fait quoi. Des directeurs qui semblent être dans le domaine de l’éducation par hasard. Ils conviendraient mieux à la grande distribution ou la finance. Une « école » qui, par exemple, en plus d’une assistante, embauche même une attachée du chef d’établissement, pour rédiger des discours. On aura tout vu.

Du courage, car je sais d’expérience qu’à la Toronto French School, les remarques des enseignants sont ignorées. Vous avez beau demander moins d’évènements marketing, d’opérations photo, de « célébrations » vides de sens, au service d’un temps de classe plus cohérent et d’un rythme moins saccadé pour vos élèves, rien n’est fait. Au contraire, il semble qu’il y ait une course au toujours plus. Au point que l’homologation de l’AEFE ne soit renouvelée qu’à titre probatoire chaque année, sans qu’aucune amélioration ne soit effective.

Du courage, car je sais d’expérience qu’à la Toronto French School, on a souvent l’impression d’être l’un des rouages d’une gigantesque arnaque, destinée à faire croire aux parents monts et merveilles afin de les délester de « quelques » dollars de plus. Je sais aussi qu’il est difficile d’accepter que le niveau d’attention accordée à tel élève dépend de l’importance sociale et du montant dépensé annuellement par ses parents: frais de scolarité d’éventuels frères et soeurs, dons conséquents, nom célèbre…

Du courage, car je sais d’expérience qu’à la Toronto French School, un climat délétère sévit. Le népotisme règne en maître tandis que le syndicat des enseignants fait seulement semblant de s’indigner. Syndicat qui ne prend d’ailleurs aucune mesure contre certaines, enseignantes ou coordinatrices, qui s’empressent d’aller répéter les propos de chacun à la direction sitôt la réunion syndicale achevée.

Du courage, car je sais d’expérience qu’à la Toronto French School, les différentes directions font peser une chappe de plomb sur le moral de tous, règnant à la façon des satrapes orientaux, assistées de leurs auxiliaires tombés depuis longtemps dans la marmite de la fourberie. Leur bassesse n’est égalée que par leur médiocrité intellectuelle, leur ignorance de la pédagogie et leur goût pour l’intrigue.

Du courage, car je sais d’expérience qu’à la Toronto French School, on méprise les enseignants tout en les forçant à baisser la tête à force d’intimidations; et gare à celui qui refuserait de baisser les yeux. Son destin, lui fait-on comprendre, sera semblables au-mien: rupture illégale de contrat, éviction des locaux dans le secret et sous escorte, et arrangement avec le syndicat afin de s’assurer de garder le silence. Il ne faudrait pas que des parents d’élèves, dont le porte-feuille est le véritable enjeu, posent des questions embarrassantes. Apparemment, on se devait de faire un exemple d’un enseignant qui refusait de mettre de l’argent dans une « caisse noire », de participer à des repas organisés en dehors du temps de travail, ou même de se déguiser en serveur pour servir le café à la fin de l’année.

Du courage, car je sais d’expérience qu’à la Toronto French School, la liberté d’expression et d’opinion a un coût que tout le monde n’est pas prêt à payer. Beaucoup d’entre-vous avez des enfants, des hypothèques, des crédits. Même une fois la période insensée de 24 mois (deux ans!) de période probatoire passée, rien ne vous protège d’une rupture de contrat illégale à quelques semaines de la fin de l’année scolaire dans le but d’apaiser l’orgueil blessé d’une directrice, dont tout le monde connaît l’ego surdimensionné et semble craindre la vindicte.

En guise de conclusion, permettez-moi de partager avec vous ces quelques lignes:

« Chaque fois qu’une voix libre s’essaiera de dire, sans prétention, ce qu’elle pense, une armée de chiens de garde de tout poil et de toute couleur aboiera furieusement pour couvrir son écho. »

Albert Camus

Et surtout, bon courage!

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